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Agro-Industrie : nécessaire diversification

Edition Number: 
1309
dossier agro-industrie
From Date: 
Mercredi 25 Octobre 2017
To Date: 
Mardi 31 Octobre 2017

La fin des quotas ayant pris effet le 1er octobre annonce une période difficile pour le secteur sucrier mauricien et les compagnies concernées veulent à tout prix en amortir l’impact. C’est pour cela qu’elles ont amorcé depuis un certain temps la diversification dans le secteur agricole. Disposant de terres, elles sont plusieurs à se lancer dans des projets fonciers d’envergure.

Ancien pilier de l’économie, l’agriculture s’est graduellement restructurée. Aujourd’hui, elle est plus connue comme le secteur de l’agro-industrie et englobe plusieurs segments dont le secteur sucrier, l’industrie théière, l’élevage d’animaux, la culture de légumes et la fabrication de rhum, entre autres. Ainsi, selon les derniers chiffres qui datent de 2016, le secteur de l’agro-industrie contribuait 3,6 % au PIB et employait 41 300 personnes.

2017 se révèle une année des plus dynamiques pour les deux plus gros segments de l’agro-industrie, à savoir les secteurs théier et sucrier. Concernant  le secteur théier, il fait face depuis des années à de grosses difficultés. Les plantes sont vieillissantes avec pour conséquence un plus faible tonnage sur le marché alors que la consommation de thé à Maurice est en hausse. En effet, ces 25 dernières années, la superficie sous culture de thé est passée de 6 000 arpents dans les années ’90 à 1 680 arpents actuellement.

Pourtant, pour pallier ce problème, le ministère de l’Agro-industrie avait annoncé, en 2015, la relance du secteur théier. D’ailleurs, lors d’un entretien accordé à Business Magazine la même année, le ministre de l’Agro-industrie, Mahen Seeruttun, confiant de son projet de relancer ce secteur, avait soutenu que l’industrie du thé allait redevenir un des piliers de l’économie mauricienne.

Mais dans le discours du Budget 2017-18, les producteurs locaux ont entendu un tout autre discours. Il semblerait que la relance du secteur théier ait été mise de côté, pour ne pas dire jetée aux oubliettes. En effet, le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, annonce comme mesure phare pour le secteur de l’agro-industrie que la relance du secteur théier passera par l’exploitation de la filière exportatrice.

Mauristea relance l’usine de Dubreuil

Cette décision semble avoir été prise afin de faciliter les projets de Mauristea Investment Co Ltd, plus connue comme KuanfuTea. C’est justement suivant l’arrivée de ce nouvel opérateur provenant de Chine que les trois producteurs de thé – Corson, Bois Chéri et La Chartreuse – ont commencé à faire face à une pénurie de thé. Certaines marques de thé mauriciennes ont ainsi commencé à disparaître des rayons des hypermarchés et supermarchés de l’île. En effet, les trois producteurs de thé produisaient 1 500 tonnes de thé noir avant l’installation de KuanfuTea. Mais avec la mise en opération de ce dernier, les parts ont été divisées. Étant donné que le nouvel opérateur s’approvisionne auprès des producteurs locaux, soit quelque 1 300 planteurs, la pénurie de feuilles de thé a poussé les producteurs à en importer.

L’ancienne usine de thé de Dubreuil a rouvert ses portes à la fin de septembre. Après des travaux de rénovation qui ont duré près de deux ans et quelque
US$ 10 millions investis, KuanfuTea ou Mauristea Investment Co. Ltd – le repreneur de l’usine – l’a rebaptisée Dubreuil National Ripe Black Tea Factory. La société bénéficie d’un bail de 25 ans accordé par l’État pour la location des terres autour de l’ex-usine de Dubreuil. Opérationnelle depuis seulement quelques semaines, avec la Dubreuil National Ripe Black Factory, KuanfuTea compte produire plusieurs variétés de thé pour le marché local mais aussi pour l’exportation.

Plus de filet de protection dans l’industrie sucrière

Il est à noter que le ministère de l’Agro-Industrie compte sur l’arrivée de cet opérateur chinois et la réouverture de l’ex-usine de Dubreuil pour redynamiser le secteur théier.

Depuis le début de ce mois d’octobre, l’industrie sucrière mauricienne ne dispose plus de protection sur le marché européen. Et cela, suivant l’abolition des quotas. En effet, ce système mis en place en 1968 visait à encadrer le marché sucrier où la production du sucre de betterave était limitée, laissant la voie libre aux pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), dont Maurice.

Alors que la consommation de sucre sur le Vieux Continent est de 16,5 millions de tonnes, les producteurs européens étaient restreints à un quota et ne pouvaient livrer que 13,5 millions de tonnes de sucre en Europe. Quant au déficit de 3 millions de tonnes de sucre, il était comblé par les producteurs des pays ACP. Avec la fin des quotas, il n’y aura plus de restriction sur les 13,5 millions de tonnes de sucre sur le marché européen. Dans un récent article de Business Magazine, Devesh Dukhira, CEO du Syndicat des sucres, rappelait qu’avec la fin des quotas, un producteur européen est en mesure de proposer au marché européen la quantité de sucre qu’il désire et exporter la quantité qu’il souhaite. Quant à ce déficit de 3,5 millions de tonnes de sucre approvisionnées par les pays ACP, il disparaîtra progressivement.

Cette liberté accordée aux producteurs européens signifie également qu’il y aura un surplus de sucre blanc sur le marché européen. Du coup, les acheteurs européens ne se montrent pas du tout prêts pour finaliser leur contrat. Alors qu’avant les grandes vacances de l’été en Europe ces mêmes acheteurs s’évertuaient à finaliser leurs achats dès le mois de juin, cette année la situation a changé : en août dernier, Devesh Dukhira révélait qu’uniquement 30 % des contrats pour la commercialisation du sucre blanc sur l’Europe ont été conclus.

Une diversification obligée

Si le Syndicat des sucres se montre plus optimiste et avance que les contrats seront finalisés avant la fin de cette année, ce n’est pas l’avis des compagnies sucrières, qui tirent la sonnette d’alarme.

Certaines d’entre elles avaient cependant déjà anticipé la fin des quotas et ses conséquences depuis bien longtemps. Ainsi, depuis le début des années 2000 ces anciennes compagnies sucrières ont entamé une diversification, tout d’abord dans le domaine de l’agriculture. Citons ENL avec son département ENL Agribusiness. Ce département, par le biais d’Agrex, pratique l’agriculture raisonnée. Medine met sur le marché les légumes et fruits sous la marque Les Jardins de Medine.

Un autre exemple est la Compagnie de Beau Vallon, qui s’est associée à d’autres compagnies sucrières dans le Sud pour créer Copesud. Celle-ci s’impose aujourd’hui comme étant le plus gros opérateur et producteur de pommes de terre sur le marché local. La Compagnie de Beau Vallon est également engagée dans la production de légumes sous serre et la production de palmistes. Il y a également le cas de Rose-Belle SugarEstate, qui a encouru des pertes, dues notamment à une production de cannes en déclin. Dans une tentative de relance, Rose-Belle Sugar Estate a également opté pour la diversification de ses activités agricoles. Elle est dans la culture d’orchidées, de rosiers sous serre et compte se lancer dans la production de miel.

Mais disposant de plusieurs terres, ces compagnies sucrières sont toutes dans le domaine foncier. D’ailleurs, elles sont nombreuses à se lancer dans la construction de smart cities. Citons ENL avec Moka Smart City, Terra avec Beau Plan Smart City, Omnicane avec Mon Trésor Smart City et le récemment dévoilé Unicity de Medine.

Les toutes dernières à se lancer dans le développement foncier sont la Compagnie de Beau Vallon et Rose Belle SugarEstate. Le projet de la Compagnie de Beau Vallon n’a pas trait à une smart city à proprement parler mais il s’agit plus d’un concept de village intégré qui prendra forme à Pointe d’Esny. Il faut le dire, l’entreprise est déjà présente dans le domaine foncier mais par le biais de ce projet de village intégré, elle espère y renforcer sa présence.

Ce projet de village intégré à Pointe d’Esny sera développé sur 168 arpents avec un poumon vert de près de 30 arpents, un élément majeur et original du projet. Lancé sous le Property Development Scheme (PDS), le projet est destiné aux Mauriciens comme aux étrangers. Thierry Merven, CEO du Groupe Beau Vallon, laisse entendre que le développement de ce projet à Pointe d’Esny se fera en diverses phases et nécessitera un investissement d’environ Rs 8 milliards.

En ce qui concerne Rose Belle Sugar Estate, elle compte participer au développement du Sud. Un de ses plus  gros projets est la construction d’un centre commercial dans cette région.

 

Shareenah Kalla
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