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Benjamin Radavidson Andriamparany : «Seul le fruit du travaildes Malgaches sortira le pays de la pauvreté»

Edition Number: 
1275
Benjamin Radavidson Andriamparany
From Date: 
Mercredi 1 Mars 2017
To Date: 
Mardi 7 Mars 2017

Ancien ministre de l’Économie, puis de l’Éducation nationale, pendant près de six ans, Benjamin Radavidson Andriamparany a quitté l’équipe de Ravalomanana en 2008. Dans l’entretien qui suit, il livre son opinion sur la situation économique, tout en proposant des solutions à court et à moyen termes.

BUSINESSMAG. Que devient Benjamin Radavidson Andriamparany ?

Je vis toujours à Madagascar. J’ai quitté le gouvernement en 2008.J’aiœuvré pour le bien du pays à ma manière. Les activités au sein de la FJKM prennent une place importante de mes occupations. Je gère une société privée et suis consultant en organisation, finances et management. Je continue d’enseigner le Management international et l’Économie et le développement quand mon agenda le permet. En outre, je suis président d’une organisation non gouvernementale au service du développement équitable.

BUSINESSMAG. Des médias de la capitale vous ont taxé d’opportuniste en vous apercevant à la cérémonie  de vœux d’Iavoloha...

N’ai-je pas le droit d’assister à ce genre de cérémonie ? J’ai reçu une invitation et j’y ai répondu. Quant à être opportuniste, je me demande : opportuniste par rapport à quoi ? Que ce soit clair, je ne suis pas de la race des politiciens qui font tout pour avoir une place quelqu’en soit le prix.

BUSINESSMAG. Quelle lecture faites-vousdes 10 milliards de dollars annoncés  en décembre à Paris lors de la Conférence des bailleurs de fonds et des investisseurs ?

Il serait plus judicieux de suivre une logique économique. Que veut-on faire précisément ? Quelles sont les priorités ? L’État doit jouer son rôle de régulateur et de répartiteur de richesses. Comment s’assurer que la moitié de ces 10 milliards de dollars ne revient pas seulement à ceux qui les ont prêtés ? Tenir compte de tous ces paramètres est un début de pragmatisme dans la gestion d’un État. En outre, il faut savoir qu’il existe toujours des conditionnalités à ces prêts et financements. Quoi qu’il en soit, le développement de notre pays revient à nous tous Malagasy que l’on soit gouvernant, opposant ou gouverné. Seul le fruit de notre travail peut vraiment sortir le pays de sa pauvreté. Les aides, comme leur nom l’indique, ne doivent pas se substituer à nos efforts nationaux.

BUSINESSMAG. Quelles sont ces conditionnalités ?

La bonne gouvernance d’abord car la corruption et la mauvaise gouvernance annihilent fortement  la compétitivité d’une économie et sont des facteurs d’explosion sociale, donc d’instabilité et d’insécurité pour les investissements. Les bailleurs de fonds veulent être rassurés sur la rentabilité et la sécurité de leurs investissements, ainsi que sur la stabilité de leurs ressortissants œuvrant à Madagascar. N’oublions pas que ce sont des banques et non des œuvres de bienfaisance. Elles veulent être rassurées que l’État malgache est en mesure de rembourser ses dettes.

BUSINESSMAG. La capacité d’absorption annuelle de Madagascar est de 500 millions de dollars en moyenne. Dans ce contexte, comment utiliser les fonds récoltés à la CBI ?

Il faut les utiliser à bon escient pour un vrai développement. Les investissements porteurs de compétitivité et de création d’emploi doivent être privilégiés. Quand on parle d’investissement, il ne faut pas oublier les aspects sociaux tels que l’éducation, la santé ou la sécurité à part les infrastructures et autres projets structurants.

BUSINESSMAG. Parlons de la Jirama. N’est-il pas temps de procéder à sa privatisation ?

L’énergie est un facteur très important dans l’économie. Aussi faut-il tenir compte des richesses produites par l’énergie et tributaires de l’énergie, et pas seulement de ceux qui l’utilisent. C’est un moyen de production qui assure la richesse nationale du pays. Une bonne politique énergétique est l’une des clés du problème.  Actuellement, la Jirama engage des investissements coûteux à l’État en termes de subventions. Car, comme je l’ai dit, tout dépend de l’énergie.  Mais il existe un palliatif exploitable à suivre sur des échéances précises. Par exemple, les barrages hydro-électriques peuvent coûter relativement cher, mais c’est un choix à faire plutôt que de débourser chaque année les 300 milliards d’ariary de subventions. C’est cher, certes, mais il importe d’informer les acteurs économiques et tous les citoyens sur la politique de l’État en matière énergétique qui doit impérativement prendre en compte le changement climatique, la dégradation de notre environnement et la raréfaction des énergies fossiles.

BUSINESSMAG. Quelle option proposez-vous ?

Privatiser la Jirama n’est pas la solution car nous connaissons tous qui va détenir ce patrimoine stratégique et sensible si jamais privatisation il y aura.  La Jirama ne doit pas être utilisée comme une arme politique, ni par le gouvernement, ni par l’Opposition. L’objectif de tout citoyen malgache patriote est de tout faire pour garder cet outil sous le contrôle de l’État. Beaucoup d’autres secteurs échappent déjà des mains de l’État comme les carburants, le transport aérien, les télécommunications et les banques. Il faut se concerter pour relever cette société d’État car c’est déjà un problème réel touchant une grande partie de la population.

Le système de gérance, par exemple, pourrait convenir à la Jirama à condition d’avoir une bonne politique et de bonnes stratégies. Décentraliser la Jirama est aussi une alternative convenable afin de rendre les régions plus autonomes dans les décisions énergétiques de leur ressort. Il faut aussi voir la possibilité de procéder à une forme de recapitalisation. Quant aux dettes, il est tout à fait indiqué de se pencher sur un montage financier pour les restructurer, tout en procédant à une augmentation du capital pour avoir plus de crédibilité financière selon une prévision qui suit une logique claire.

BUSINESSMAG. Quand appliquer la vérité des prix ?

Les consommateurs détestent entendre ces mots. Le délestage persiste. Pourtant, ils voient leur facture gonfler chaque mois. La Jirama est obligée de suivre la loi de l’offre et de la demande. Si le coût du fuel pour alimenter les centrales thermiques augmente, la Jirama est obligée d’acheter à ce prix, ce qui se répercute sur les factures des consommateurs. 

Notre Constitution opte pour cette fixation libérale des prix qui suit la logique de l’offre et de la demande. Toutefois, il est plus que nécessaire d’avoir une structure de coût très claire pour la Jirama pour que ce ne soit pas toujours les consommateurs qui endurent les coûts du redressement. Il y va de même pour le coût des transports, des produits importés et autres. L’État a un rôle de régulateur. Si les fluctuations impactent trop sur l’économie et la situation sociale du pays, il devra rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande et à ce titre, il peut intervenir au niveau du marché interbancaire de devises (MID), par exemple, en encourageant et en facilitant le rapatriement des devises, ainsi qu’en régulant l’importation ou la sortie des capitaux.

BUSINESSMAG. Les pays émergents d’Afrique affichent aujourd’hui un taux de croissance à deux chiffres. Qu’en est-il de Madagascar ?

Le taux de croissance de la Grande île n’est que de 4,5 %. La meilleure stratégie serait de faciliter les coûts de facteurs de production, en termes fiscal et monétaire, comme l’accès aux crédits et aux capitaux. Il faut investir dans les infrastructures et miser sur les compétences. L’insécurité, par exemple, entrave le développement économique. Il faut, de ce fait, investir dans la lutte contre l’insécurité. Ensuite, il convient de valoriser nos ressources à leurs propres valeurs. Les investisseurs chinois peuvent exploiter nos minerais, mais à leur propre valeur et non à des prix bradés. Les conditionnalités d’exploitation doivent être très claires entre les parties concernées : l’État, l’investisseur étranger et les communautés locales. Je pense par ailleurs qu’il faut booster les petits opérateurs, c’est-à-dire proposer des facilitations spécifiques à chaque activité en mettant un fonds spécial à leur disposition.

BUSINESSMAG. La loi de finances 2017 mise sur le secteur secondaire. Or, nos industries agonisent…

Je pense plutôt qu’avec une réelle solidarité, les industriels malgaches peuvent créer leurs propres banques car le plus grand problème de nos industries, mis à part l’environnement global des affaires, c’est la difficulté d’accès aux financements. Beaucoup d’entre elles ne peuvent ni investir, ni créer de l’emploi. L’État doit améliorer cette situation au niveau de la législation fiscale, mais il faut aussi développer l’expertise en finances des entreprises pour créer et développer les instruments financiers dont les entreprises ont besoin pour s’épanouir. Nous sommes dans un monde global. Il nous faudra adapter nos comportements pour pouvoir bénéficier des instruments financiers qui sont universellement utilisés en ce 21e siècle.

BUSINESSMAG. Le FMI Malagasy prône la suppression du Marché interbancaire de devises. Votre avis sur la question ?

Et le remplacer par quoi ? Plusieurs pays du monde ont déjà abandonné le système de taux fixe. Si on fixe le taux et que, par exemple, le dollar augmente, nos importations coûteront cher et les prix à l’importation ne seront pas compétitifs. À l’exportation, les produits ne bénéficieront pas de cette augmentation du coût du dollar.

Le taux de change doit être prédictible pour éviter les spéculations et les marchés parallèles. Les taux fixes ont toujours entraîné la dévaluation de la monnaie nationale. De plus, notre Banque centrale n’est pas en possession de réserves en devises suffisantes pour faire face à la mondialisation de l’économie. Le taux flottant reste le seul chemin vu notre système et capacité de production. Il est toujours très délicat d’endiguer la spéculation monétaire, mais la vraie solution est de produire et d’exporter plus que l’on importe. Une solution pourrait être le «dirty floating» qui consiste à laisser la monnaie fluctuer jusqu’à un certain seuil, en hausse ou en baisse, au-delà desquels la Banque centrale doit intervenir. 

BUSINESSMAG. Êtes-vous partant pour un retour dans l’arène politique quand on connaît votre périple en tant que candidat à la présidentielle de 2013 ?

Il y a politique et politique. Il faut avoir une vision objective de la gestion d’un pays. Nous avons tout pour avancer, mais nous manquons de tout par la même occasion. Il n’est pas facile d’inciter les Malgaches à travailler car le rendement en termes de productivité du pays est l’un des plus faibles au monde. Cette situation est plus accentuée du fait que la plupart des dirigeants successifs ont déçu les travailleurs.

La période que traverse notre pays demande à tout un chacun le minimum d’humilité, surtout de la part des politiciens. Il est temps d’oublier les querelles politiques qui ont toujours conduit ce pays à des situations dégradantes, et de penser et agir ensemble, à unir nos efforts pour un vrai développement inclusif et concerté qui bénéficiera à tous et surtout à nos enfants de demain.

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