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Cliniques Privées : les services de niche assurent la croissance

Edition Number: 
1307
cliniques privées
From Date: 
Mercredi 11 Octobre 2017
To Date: 
Mardi 17 Octobre 2017

Plombées par une concurrence féroce, des coûts d’opération élevés, des investissements conséquents dans les équipements ainsi que la difficulté à recruter du personnel qualifié, les cliniques privées cherchent la croissance ainsi qu’à se démarquer dans les produits et services de niche. Elles attendent un certain dynamisme avec l’inscription attendue des fonctionnaires aux polices d’assurance maladie.

Dans le court- moyen terme, les opportunités de croissance se trouvent pour les cliniques privées dans le projet de couverture d’assurance maladie pour les fonctionnaires, et dans le long terme dans la demande issue des segments de niche. Mais encore faut-il que les opérateurs arrivent à s’attaquer aux défis structurels et infrastructurels de ce marché, actuellement en saturation, fait-on remarquer.

Avec 20 cliniques privées, 28 laboratoires médicaux, une capacité de 4 500 lits dans le secteur de la santé public et privé, selon les derniers chiffres du Board of Investment (BoI), la compétition est âpre. La dernière édition du Top 100 Companies, publiée par Business Publications Ltd et sortie en juin dernier, fait état d’un chiffre d’affaires combiné de Rs 4,32 milliards, et d’une profitabilité globale et cumulée de Rs 311,43 millions pour le secteur de la santé privé et des activités connexes. Soit un retour à la profitabilité durant la période 2016-17, après une année 2015 placée sous le signe du repli avec des pertes de Rs 6,65 millions. Un recul que le Top 100 Companies impute principalement à l’effondrement des activités pro-médicales de l’ex-BAI.

Après quelques années d’incertitude, relate Nicolas Tadebois, Manager de Clinique Bon Pasteur, et la reprise de l’ex-Apollo Bramwell, le secteur des services de santé privé retrouve une stabilité, et les divers opérateurs retrouvent petit à petit leur place sur l’échiquier. La compétition est cependant vive, précise le Dr Dawood Oaris, président de l’association mauricienne des cliniques privées et directeur de la ChistyShifaClinic, «entre des cliniques qui disposent d’une solide base financière, contrairement à d’autres qui éprouvent quelques difficultés à naviguer

En cause, soutient Nicolas Tadebois : les coûts élevés d’opération et les investissements conséquents ainsi que la difficulté à recruter du personnel qualifié. Avis que partage en partie le Dr Ramchandra Bheenick, médecin de longue carrière dans le privé : «Le secteur des services de santé privé se porte relativement bien pour le moment, mais cela ne pourrait durer car les coûts d’opération et de remplacement des appareils causent une inflation difficile à gérer. Il y a une compétition entre cliniques et le patient ne sort pas gagnant à tous les coups, car l’art de soigner perd de l’essor vis-à-vis de la science de faire à tout prix des investigations à fond pour un diagnostic. La profession médicale est dans une période de transition, prise entre le déluge d’informations médicales en tout genre et les limitations de moyens financiers des patients».

En 2015, 27,2 % de la clientèle locale a fréquenté les établissements de santé privés pour des soins et traitements multiples, pour les services ambulatoires et non ambulatoires.

Le sondage 2015 sur le Household out-of-pocket (OPP) expenditure on health estime que les dépenses de santé dans le privé  pour l’année 2015 s’élèvent à Rs 10,7 milliards, tandis que celles dans le secteur public pour la même année était de Rs 9,21 milliards.

Bien que pour le moment le marché de la santé privé est jugé «saturé», avec une compétition féroce entre les cliniques privées opérant localement, l’expansion de la demande et l’évolution de la médecine avec l’avènement des nouvelles technologies et la découverte de nouveaux soins pour soigner les maladies, continuera à maintenir le dynamisme du secteur, nous dit le Dr Patrick Chui Wan Cheong, le fondateur et président du groupe City Clinic.

À mesure que les patients mauriciens progressent dans l’échelle sociale, ils préfèrent davantage recevoir des soins dans les cliniques privées, fait-on remarquer chez Medscheme, administrateur de plans de santé à Maurice.

«Il y a plus de gens qui se rendent dans les cliniques privées, surtout pour un accouchement afin de bénéficier de plus de confort et d’intimité, des heures de visite plus souples, et la communication passe mieux entre le médecin et le malade. Je suis d’avis que d’ici deux à trois années, le seuil de fréquentation/d’option pour le secteur privé de la santé passera à 30 %», souligne le Dr Dawood Oaris, le directeur de la Chisty Shifa Clinic.

3,8 lits pour 1 000 habitants

Selon les chiffres du BoI, étaye le manager de la Clinique du Bon Pasteur, Maurice dispose de 3,8 lits pour 1 000 habitants. «Si on se compare avec le Royaume-Uni (2,6 lits) et la France (6,1 lits), nous pouvons dire que nous sommes dans la moyenne. Cela étant dit, avec les avancements dans la médecine et notamment la chirurgie ambulatoire, le séjour du patient en milieu hospitalier est moins long, ce qui pourrait faire dire que nous aurions trop de lits. Les perspectives de croissance sont certes limitées, mais il reste tout de même des opportunités à saisir, voire à créer. Nous pouvons développer des marchés de niche et nous spécialiser dans certains domaines et laisser à d’autres opérateurs tous les autres services que l’on ne voudrait pas faire. Le secteur public et le secteur privé pourraient également collaborer pour aider à désengorger les hôpitaux. Il faut pour cela que les règles de délégation et de fonctionnement soient clairement définies pour créer un ‘level playing field’ et offrir un service de qualité aux Mauriciens. La perspective d’une assurance maladie pour les employés de la fonction publique représenterait également une opportunité pour les cliniques privées», fait ressortir Nicolas Tadebois.

D’ailleurs, cette perspective est perçue par la plupart de nos intervenants comme une avenue de croissance à court - moyen terme, qui ne pourrait être perturbée que par l’arrivée de nouveaux acteurs au sein des cliniques privées. «Nous pouvons acceuillir de nouveaux venus dans le secteur aussi longtemps qu’il y a une expansion de la demande à travers le ‘medicaltourism’ et le ‘healthtourism’, avec un influx de patients des pays avoisinants et de la région d’Afrique subsaharienne», explique le Dr Patrick Chui Wan Cheong.

Nicolas Tadebois partage le même avis, disant que de nouveaux acteurs sur le marché le déstabiliseront «sans pour autant apporter de la valeur aux Mauriciens». Il existe, par contre, de la place pour de nouveaux opérateurs avec des compétences spécifiques pour des partenariats avec les opérateurs existants, dit-il.

Au niveau de Medscheme, l’on pense qu’avec de nouveaux opérateurs, à l’instar de SIMS Clinic, une clinique ‘cinq-étoiles’ qui s’installera à Flacq et sera gérée par ElysiumHealthcare, le secteur des services de santé privé est appelé à poursuivre son évolution.

Observateur sans complaisance du système de santé mauricien, le Dr RamchandraBheenick est d’avis que ni le système et public, encore moins celui du privé n’est parfait, bien que le niveau général de la médecine progresse et peut se comparer à beaucoup d’autres systèmes de santé dans le monde. «Nombreux sont les patients qui s’adressent au privé après avoir essayé un traitement à l’hôpital. Cela rend plus difficile le diagnostic, et les possibilités sont réduites pour le médecin du privé», soutient-il.

«Le patient doit payer pour absolument tous les services dans le privé. Donc, la pression sur le médecin est beaucoup plus intense car il doit balancer la validité de chacune de ses décisions avant de les proposer au patient. J’ai l’exemple d’un jeune homme bien bâti et en bonne forme qui a eu six électrocardiogrammes sur une période de quatre mois à l’hôpital, où il s’est adressé pour des ‘palpitations’, quand c’était clair par les questions qu’il était angoissé. Mais cette évidence n’avait pas été addressée pendant quatre mois de visites… Cela devient difficile pour lui expliquer qu’il a une anxiété avec des signes psychosomatiques et encore plus pour lui faire prendre les médicaments appropriés», souligne le médecin.

C’est justement cette progression du système de santé mauricien, public et privé, qui permet au secteur de niche qu’est le tourisme médical de bien se développer.

Joanna Seenayen
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