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Money, money, money

Edition Number: 
1315
Jean Paul Arouff
From Date: 
Mercredi 6 Décembre 2017
To Date: 
Mardi 12 Décembre 2017

Détrompez-vous, ce n’est pas une reprise de la chanson du groupe ABBA, mais un réel enjeu socio-économique. Pourquoi le public est-il disposé à garder autant de cash entre les mains ? La question taraude la Banque de Maurice. Même si pour l’heure le gouverneur dit ne pas avoir de réponse précise, il n’en demeure pas moins que le phénomène inquiète Ramesh Basant Roi. «Nous avons abordé le sujet lors du comité de politique monétaire, mais nous devons l’étudier davantage avant de faire d’autres commentaires», fait-il comprendre.

Cela dit, une tendance a déjà été observée par l’émetteur de billets. Elle relève que le ratio de l’argent liquide en circulation par rapport au produit intérieur brut (PIB) est en hausse. La progression annuelle est de 10 % en dépit du fait que les Mauriciens sont plus nombreux aujourd’hui à sortir leurs cartes de débit ou de crédit.

En attendant que les autorités monétaires viennent nous expliquer pourquoi les paiements en espèces sont privilégiés, il serait judicieux de placer la réflexion de la Banque centrale sur l’utilisation du cash dans le cadre des travaux de la commission d’enquête sur la drogue. Présidée par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen, cette instance voit défiler chaque semaine des individus soupçonnés d’avoir été associés de près ou de loin au trafic de stupéfiants. Et au cœur des auditions, l’on retrouve très souvent un fil conducteur entre les cas suspectés de délinquance et l’argent liquide. Plusieurs millions de roupies en espèces auraient même changé de mains pendant la campagne électorale de 2014, selon des témoignages recueillis par Paul Lam Shang Leen et ses assesseurs.

Ces déballages devant la commission nous rappellent la décision prise par Narendra Modi en Inde, il y a un peu plus d’un an. Dans une tentative de lutter contre l’argent noir, le chef du gouvernement avait, le 8 novembre 2016, instauré la démonétisation de certains billets de banque, notamment les grosses coupures. Si les Indiens sont toujours à débattre du succès de cette initiative, en revanche, les pouvoirs publics se vantent d’avoir forcé nombre de personnes, soit plus d’un million, à placer leur argent en banque. Désormais, les autorités s’attellent à vérifier la provenance de ces sommes dont elles ignoraient l’existence.

Partant de ce postulat, nous pouvons bien évidemment dresser un parallèle avec Maurice. Imaginons un moment si la Banque de Maurice n’avait pas été contrainte de faire machine arrière sur son projet de changer les billets de banque. Officiellement, à l’époque les décideurs politiques ont pointé du doigt le coût d’une telle démarche pour justifier leur opposition. Mais au-delà de cet investissement jugé onéreux, quel aurait été l’impact d’une telle mesure ? Il est encore temps de se poser la question. D’autant plus que l’économie souterraine, dont nous ne sommes pas encore parvenus à évaluer le poids, a pris des proportions inimaginables. En témoignent les révélations devant la commission d’enquête sur la drogue.

La démonétisation aurait également permis de débusquer ceux qui remplissent leurs coffres et leurs placards à l’abri des regards. À moins que certains ont des frissons dans le dos rien que d’y penser !

Jean Paul Arouff
Rubrique: 
1

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